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Rapport synthétique
sur le voyage d'étude
des élèves de l'EGF-ESF-Lyss
en Guinée.

  1. Introduction
  2. Programme de visite
  3. Facettes de la forêt guinéenne
  4. Problèmes environnementaux
  5. L'aide au développement
  6. Conclusions

3. Les différentes facettes de la forêt Guinéenne

3.3. Implication des agriculteurs

On a bien compris que dans tout développement concernant la forêt guinéenne, il est impensable de faire abstraction des agriculteurs. Ceci s'explique par le fait que traditionnellement, la très grande majorité des guinéens sont agriculteurs et pratiquent une culture extensive sur brûlis, que ce soit pour la culture céréalières, pastorale ou pour la chasse.

Ce système qui, à nos yeux, peut paraître brutal et peu respectueux de l'environnement a cependant fait ses preuves en Guinée tropicale pour autant que l'on respecte des temps de jachère assez longs entre 2 brûlis (6 – 7 ans). Il ne faut pas oublier que dans un pays somme tout assez arrosé (entre 1500 mm à 5000 mm suivant la région), la croissance de la végétation durant la saison des pluies est très luxuriante. Il est alors commode d'utiliser le feu pour nettoyer les terrains agricoles : le feu est l'outil privilégié du pauvre.

brûlis

brûlis tardifs sur terrain pauvre

Or, la pression grandissante de la paysannerie découlant d'une démographie galopante raccourcit ces temps de jachère et épuise le sol, tout en grignotant toujours plus sur les forêts résiduelles. Ce sont surtout les brûlis tardifs (mars – avril) en fin de période de sécheresse qui causent un grand problème, car il n'est alors souvent plus possible de contrôler les feux de brousse qui gagnent jusqu'en forêt.

Il est piquant de constater qu'en Suisse, les méthodes extensives redeviennent actuelles, car notre comportement économique nous pousse vers une culture de plus en plus proche de la nature. Cela se résume en une utilisation à faible dose des produits chimiques (antifongiques, désherbants, insecticides) et une application parcimonieuse d'engrais chimiques. Tout cela pour limiter une surproduction agricole, soutenir le marché et enfin, pour en revenir à un mode plus proche de la nature et respectueux de l'environnement.

après les brûlis

surface après les brûlis

En Guinée évidemment, ce genre de réflexion est impensable tant la lutte pour la survie et l'alimentation de base est sérieuse. Les moyens financiers à disposition interdisent tout emploi de produits chimiques chers et l'on est condamné à pratiquer une agriculture proche de la nature sans adjuvants externes. Par conséquent, l'agriculture extensive semble être la seule voie praticable :

  • on ne dispose pas d'engrais, ni d'outillage mécanique performant (trop cher)
  • l'usage d'animaux de trait comme le cheval ou l'âne est impossible en raison de la mouche tsé-tsé
  • la savane arborée et la forêt permettent de palier au faible rendement des cultures en offrant des surfaces supplémentaires
Il semble de ce fait inéluctable d'inclure toute idée de sauvegarde du patrimoine boisé dans une réflexion globale touchant prioritairement à l'agriculture vivrière : la forêt ou, mieux, la plante ligneuse doit être intégrée dans le cycle de production agricole pour bénéficier de l'attention voulue. Les boisements privés ou publics doivent profiter directement à l'agriculture locale, sinon ils disparaîtront.

Tapade

Tapade peule près de Dalaba

Il est de ce fait primordial de sauvegarder des lambeaux de végétation boisés originels pour maintenir les semenciers et leur patrimoine génétique, de favoriser partout où cela est possible la création de haies vives avec des arbres de haut jet et d'intégrer la plante ligneuse dans les préoccupations des agriculteurs de manière à éviter les brûlis anarchiques.

Tous ces postulats que nous avons entendus dans divers projets de développement concernant les bassins versant du fleuve Niger et Gambie présupposent cependant une certaine intensification de la culture agricole. Le fait d'abandonner le mode itinérant oblige le cultivateur de soigner mieux le parchet de terre qui lui est imparti, d'y apporter du fumier de ferme, de travailler le sol sans pour autant avoir systématiquement recours au feu. Un bel exemple de ce genre de culture nous a été donné dans la Fouta où nous avons pu étudier la culture maraîchère dans une « tapade » traditionnelle et caractéristique de l'ethnie peule :

  1. les haies vives entourant les tapades, fournissent du bois et protègent du bétail
  2. permet la culture d'arbres fruitiers qui offrent
  3. l'ombrage pour la population résidente et les cultures maraîchères
Il s'agit bien entendu d'une région privilégiée, peut-être seulement applicable dans les bas-fonds, mais rien n'indique que des procédés analogues ne puissent être introduits ailleurs en Guinée.

village malinké sur la route de Kankan

Enfin, nous constatons que sous l'impulsion d'un attrait économique, quelques paysans dynamiques se mettent à la culture de plants forestiers et fruitiers pour livrer au marché. C'est là un développement prometteur pour autant qu'on laisse cette nouvelle branche se développer sans entraves administratives excessives. Ainsi peut-on espérer que la valeur du plant forestier, et par extension celle de la forêt, sera mieux perçue par ceux qui en profitent directement. Nous renonçons ici d'aborder le vaste sujet de la propriété du sol dont nous supputons l'importance primordiale, notamment quand il s'agit de justifier des investissements à moyen et à long terme. Nous supposons que les incertitudes dans le contexte foncier et les règles coutumières, qui semblent encore largement appliquées, peuvent nuire à beaucoup de développements, en particulier au maintien des quelques lambeaux de forêt résiduels.


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